Test de Randy Balma: Municipal Abortionist | Jeux indés
 
 
 

 


Test de Randy Balma: Municipal Abortionist

PC -  le 4 May 2010

Que diriez-vous de visiter l’esprit torturé d’un avorteur ? Présenté comme ça le jeu de Mark Essen, Randy Balma : Municipal Abortionist, n’est pas franchement attirant et pourtant…

Aux commandes d'un bus surréel

I feel like I been awake before but I can’t be sure and I’m drugged up on drugs and I think they are affecting me” (J’ai l’impression d’avoir été éveillé auparavant, mais je ne peux pas être sûr, et j’ai pris de la drogue, et je pense qu’elle a un effet sur moi). Ce sont les premiers mots que vous verrez, distillés, après un écran succinct présentant les contrôles (les touches fléchées), par une tête fixe et jaune, un son de basse étrange en fond sonore, un “ciel” bleu cyan en arrière plan. Et cela nous met directement dans l’ambiance : nous sommes ici dans ce qu’il convient, à mon avis, d’appeler un “art-game”.

Suffit-il, pour obtenir cette appellation, qu’un jeu ait des graphismes étranges (voire moches par moments), une jouabilité douteuse, et porte sur un thème tabou ? Certes non, il existe pléthore de jeux Flash répondant à ces critères auxquels j’aurais du mal à donner ce qualificatif. Il y a, dans Randy Balma: Municipal Abortionist, quelque chose qui résonne étrangement, comme dans une œuvre d’art contemporaine réussie : une sensation, un sentiment, sur lequel on a du mal à mettre un nom mais qui nous fait réfléchir, nous interpelle et nous laisse avec des questions, ou bien même parfois des réponses… Le fait, d’ailleurs, que Mark Essen expose régulièrement ses jeux dans des galeries n’est pas un hasard.

Randy Balma : Municipal Abortionist est composé de quatre tableaux différents, dans lesquels vous aurez toujours le même but : trouver (à l’aide d’indications fléchées ou non) puis détruire, par divers moyens, des objets. Ce n’est pas par la nouveauté de son gameplay que ce jeu se distingue… Le premier tableau nous met aux commandes d’un bus, sur une route à 4 voies qui semble suspendue dans les airs. Le contrôle du bus est chaotique : la seule commande sur laquelle vous pouvez compter est l’accélération, les flèches pour tourner changent en permanence, de façon aléatoire. Les chocs avec les voitures sont marqués par des sons de batterie, rendant le tout complètement surréaliste et presque digne d’un numéro de cirque, sans compter les explosions multicolores qui peuvent en résulter occupant parfois tout l’écran. Cette section du jeu est par ailleurs loin d’être simple, le contrôle complètement aléatoire du bus et les chocs fréquents rendent votre tâche vraiment ardue et très frustrante. Mais autant vous y habituer, vous n’êtes pas au bout de vos peines…

Pas vraiment sympathiques ces bébés...

En effet, après avoir passé ce premier tableau, la difficulté des autres sera plus ou moins du même acabit, le contrôle étant parfois hyper-sensible (la section en “fusée”) ou, au contraire, quasiment absent (l’horloge). Sans compter, dans la scène finale, le sentiment de ne pas savoir du tout où l’on est… Tous ces tableaux sont portés par une musique collant parfaitement : complètement expérimentale dans le passage en fusée, frénétique lors de la scène finale… Les sons étant souvent, comme je l’ai déjà mentionné, complètement décalés et inattendus. Il faut noter également, comme cela est indiqué sur le site, que ce jeu n’est pas pour les personnes sensibles aux scintillements, certaines scènes (notamment la scène finale) étant difficiles à supporter de ce point de vue.

Je suis ressorti confus et troublé de cette descente dans la psyché torturée d’un avorteur en train d’halluciner sous l’emprise d’une drogue. Visiblement hanté par tous ces fœtus qu’il a tués, il ne contrôle plus vraiment ce qui lui arrive, à l’image du bus, duquel il est aux commandes sans vraiment le diriger. Il cherche en permanence un sens à sa vie, se raccroche à tout ce qu’il peut trouver, mais tout ce qu’il obtient est une nouvelle situation plus énigmatique et angoissante que la précédente. Ce jeu nous fait ressentir — malgré (je pense qu’il faudrait plutôt dire ici grâce à) ses couleurs criardes et sprites de mauvais goût, son gameplay basique et son manque chronique de contrôle — quelque chose d’étrange, nous met dans une sorte de transe finissant, en apothéose, par un effet optique saisissant.

Bien sûr, vous ne ressentirez peut-être rien en jouant, serez peut-être juste frustrés par la difficulté et l’apparence, quelque peu rebutante, du jeu. Mais il faut au moins l’essayer, perdez-vous, énervez-vous, Randy mérite bien cela !

Matthieu Montaudouin


Un commentaire sur Test de Randy Balma: Municipal Abortionist

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